Qui n’a jamais entendu ce reproche fait par son conjoint, son enfant, un proche … ? Quand on se fait happer par sa vie professionnelle, conserver une vie privée n’est pas simple : journées sans fins, sollicitations permanentes, stress perpétuel … Toutes les raisons sont là pour que la vie privée, sociale soit mise à mal. Mais est-ce une fatalité ?

Quand l’entreprise prend le pas sur tout le reste ….

Le monde numérique ultra connecté ne nous aide pas à gérer ce problème, au contraire. Nous pouvons en permanence être contacté, sollicité via SMS, réseaux sociaux, messageries instantanées. Et comme il est important de répondre rapidement (enfin nous en sommes persuadés …), nous voulons rester connecté. Une preuve ? Cherchez via votre moteur de recherche préféré les différentes solutions pour gérer la catastrophe de son portable après un voyage dans l’eau. Vous verrez le nombre de messages désespérés… (ou désespérants avec le recul…).

Oui, on peut travailler H24, il n’y a aucun souci. Que nous aimions nos métiers ou que nous soyons sous pression, les outils modernes nous permettent de travailler en permanence. Suivre un webinaire sur la route, lire ses emails en prenant le café, téléphoner à un collaborateur en regardant ses enfants jouer ou répondre « discrètement » à un collègue pendant que nous prenons le café avec notre conjoint … Tout est faisable. Mais, que voulons-nous vraiment ? Qu’est ce qui est important pour nous ?

 « Quand on aime on ne compte pas »

Ce n’est pas faux. C’est vrai pour notre enteprise, mais n’est-ce pas vrai pour d’autres choses ? Doit-on toujours sacrifier la même chose sur l’autel de la performance, rentabilité, disponibilité professionnelle ?

Je suis persuadé qu’il n’y a pas une bonne réponse. Que la réponse est personnelle et situationnelle.

D’abord c’est une réponse personnelle parce que nous avons tous, nos valeurs, nos envies, nos moteurs, et que nous sommes différents. Pour certains, la vie familiale est un Graal à préserver, pour d’autres un enfer à éviter. Toutes ces réponses s’entendent et sont valables. A chacun de nous de savoir ce que nous voulons.

Mais c’est aussi une réponse situationnelle, parce que selon le moment de sa vie, les contraintes sociétales, professionnelles, familiales évoluent. Prenons l’exemple le plus « bateau », l’envie de fonder une famille. A 20 ans, 40 ans et 60 ans, cette envie n’aura pas le même poids, les mêmes implications et les mêmes conséquences. De même, la vie n’étant pas un long fleuve tranquille, il y aura des moments chauds à gérer en urgence : un parent qui a un souci, un fournisseur qui ne répond plus, … Donc oui, les priorités que nous nous fixons évoluent et continueront à évoluer.

Après, soyons clair, selon une étude Legalstart de fin 2017, 68% des entrepreneurs sondés pensent qu’il faut faire des sacrifices pour concilier vie professionnelle et vie familiale (et 6% pensent que c’est incompatible …). Mais 74% des entrepreneurs déclarent avoir un conjoint actif…

Donc cela est possible, pas simple, mais possible !

Donc si pour vous, la vie familiale est aussi un point important que faire pour concilier toutes ces contraintes ?

A mon avis, la réponse est simple, quoi que complexe à mettre en œuvre. Comme pour tout projet, il faut communiquer avec les différentes parties, faire des compromis et définir des règles.

Premier point à identifier : qui est en demande : vous, votre conjoint, vos enfants, … ? Quels sont les demandes ?

Dans la majorité des cas, la demande sera plus de disponibilités, être plus présent. Il faut être conscient que plus de présence, très souvent veut dire une présence de meilleure qualité et non plus de temps quantitatif. Honnêtement, est-ce satisfaisant de passer du temps avec une personne présente physiquement, mais totalement absente parce que happée par ses pensées, sa messagerie instantanée, … ? Je pense que nous avons tous la réponse.

Quelles solutions pour apporter un temps de meilleure qualité à son entourage ?

Il y a quelques points auxquels tous nous devrions porter attention :

  1. Se déconnecter !

Normalement, nous n’avons pas à être joignable en permanence. Réfléchissez bien, pesez le pour et le contre, mais combien de fois était-il critique que vous soyez joignable à la minute près entre 22h et 7h ? Quand vous êtes en réunion, trouvez-vous normal de demander à vos interlocuteurs de patienter parce que vous devez dire à vos enfants si vous rentrez à 18h30 ou 19h00 ? De la même manière, trouvez-vous normal de demander à votre famille de patienter parce que vous devez rappeler l’heure d’un rendez-vous à un prospect après 20h ? Rien n’est plus offensant que de se sentir la 5ème roue du carrosse, de voir que nous ne sommes pas la priorité.

Expliquez aussi, à votre entourage qu’à certaines heures vous n’êtes pas joignables car ce n’est pas parce que nous sommes le patron d’une entreprise que nous pouvons être toutes les cinq minutes interrompus pour gérer des problèmes familiaux sur les heures de l’entreprise.

Si la réactivité est vraiment importante dans votre profession, rien ne vous empêche de définir des moments de travail au milieu de vos moments en famille, mais ils doivent être définis, et votre famille doit savoir que ce moment a un début et surtout une fin.

Et rappelez-vous ce que nous demandons (voir exigeons) de nos enfants : restez concentré sur vos devoirs. Est-ce l’exemple de concentration que vous voulez donner à votre enfant ? Discuter en famille, suivre ses actualités Facebook et jouer sur son portable … Bel exemple de concentration non ?

  1. Faire ce que vous dites … et ne pas promettre la lune.

Simple comme principe non ? Mais qui n’a jamais promis à son enfant d’être présent et, au dernier moment, s’excuser, mais il y a une urgence au boulot et devoir travailler … Soyons conscient de ces moments, essayer de les anticiper, et quand vous réalisez une promesse, faites le maximum pour ne pas être dérangé : mettez votre téléphone en silencieux, ne regarder pas vos messages instantanés … L’idée n’est pas d’être disponible en permanence, mais de l’être réellement.

  1. Faites plaisir !

Attention au piège … Faire plaisir ne veut pas dire acheter la paix. Faire plaisir, c’est faire des choses que l’autre attend réellement. Demandez à votre partenaire de lister les choses qu’il lui ferait plaisir que vous fassiez et demandez-lui de les mettre dans son ordre de préférence. Un défi redoutable, mais qui n’a pas son pareil dans le résultat. Et lister aussi la vôtre car le plaisir va dans les deux sens. Puis choisissez pour commencer une tâche que vous allez réaliser avec le sourire et en remerciant votre partenaire d’avoir eu l’indulgence d’attendre si longtemps !!!

Et vous verrez que l’épreuve risque de se transformer en moment de détente. Vous serez concentré sur l’autre, vous saurez pourquoi vous le faites, et le résultat, aussi peu réussi soit-il, sera apprécié à sa juste valeur.

  1. Ne vous placez pas en victime !

N’oubliez pas que l’objectif est d’améliorer la qualité de votre vie de famille. Donc ne jouez pas la victimisation, il n’y a pas pire !

Mise à part aggraver le mal à être, quel intérêt y a-t-il à :

  • Menacer : si je ne travaille pas autant, je ne ramènerais pas assez d’argent, ….
  • Rabaisser : si je n’étais pas là, tu serais incapable de …
  • Culpabiliser : à cause de toi, je ne peux pas …

Faites attention à toutes ces petites phrases, et proscrivez-les !

Mais dans l’autre sens, ne les autorisez pas non plus contre vous non plus. Quand on lance une entreprise, nous savons que les premières années sont difficiles et pleines de sacrifices, en temps, en argent, en énergie. Notre compagne ou compagnon nous donne du soutien mais il est important de ne pas accepter un soutien moralisateur et culpabilisant. Définissez bien un cadre où le respect l’un pour l’autre est présent.

  1. Soyez clair

Oui, vous devez faire des concessions pour votre vie de famille, mais votre famille doit aussi comprendre que vous avez des obligations, que vous avez besoin de vos moments pros à vous. Pire, il y aura des moments où votre vie pro va prendre le pas sur votre vie familiale et c’est normal. Mais cela doit être clair pour tout le monde avant que cela n’arrive.

Faites le parallèle avec votre métier. Qu’est-ce qui vous énerve le plus : un imprévu ou une modification unilatérale des règles ? Quand les règles sont claires et respectées, nous pouvons supporter beaucoup, et demander encore plus. Alors faites de même chez vous, quand vous travaillez, vous travaillez. La famille n’a pas à intercéder. Définissez des lignes propres : un lieu, un cadre horaire…

Vous devez travailler pendant les deux semaines de vacances qui arrivent ? OK, mais dites-le avant, et trouvez un compromis : je travaillerais seulement le matin, ou pendant la sieste, ou … Et tenez-y vous.

  1. Votre famille n’est pas votre entreprise…

Cela va peut-être vous surprendre, mais vous ne pouvez pas engager une discussion de la même manière avec vos subordonnés, vos contractants et votre famille … Au travail, vos collaborateurs savent que vous êtes le patron et qu’ils doivent s’adapter à votre caractère. Ils vont vite repérer dans vos paroles comment faire pour échapper à votre autorité ou comment arriver à leurs fins dans le cadre que vous avez posé. Dans votre famille, l’important c’est de vous remettre en question et d’apporter l’harmonie. Attention à ne pas rentrer à la maison et ordonner à tout votre petit monde de droper comme au travail. Il y a un temps pour tout.

Conclusion

Si votre vie de famille est importante pour vous, (et que votre famille tient à vous,) tout est jouable. C’est compliqué, oui … Cela demande des efforts, oui … Mais cela ne tient qu’à vous. C’est dur de se déconnecter en prenant le café le matin, mais votre entreprise ne coulera pas parce que vous avez pris 15 min pour boire le café yeux dans les yeux avec celui que fait battre votre cœur ou avec vos enfants. Prenez un peu de recul et savourez ces petits instants de joie, cela n’a pas de prix.

Cet article a été co-écrit avec Eric Legay
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