La folie du dirigeant qui refuse de lâcher prise.

J’ai eu le plaisir de voir ce week-end une amie esthéticienne de province. Ce moment a été un peu perturbé par le fait que son bras lui faisait souffrir le martyr. Quand je lui ai dit qu’il fallait qu’elle s’arrête et se repose, sa réponse a fusé : « Mais je ne peux pas ! ». Cette réponse, m’a renvoyé 6 ans en arrière, quand j’avais la tête dans le guidon, obtus, obnubilée par le chiffre à faire et la non-écoute de moi-même.

Expérience vécue 

Petit flash-back pour bien comprendre ce qui se jouait dans cette course éperdue au maintien de l’activité et à la malveillance que je me suis auto infligée. Honnêtement, avec le recul, nous sommes notre pire ennemie.

C’était fin 2011, mon institut était en pleine ascension. J’avais deux salariées à plein temps et une apprentie. Cela tournait bien. Il fallait que cela tourne bien car il y avait pas mal de charges aussi. Je travaillais à fond. Nos quatre agendas étaient plein. J’ai toujours eu la chance (ou la malchance devrais-je dire) d’avoir une capacité de travail très importante et une volonté qui frise la bêtise à certains moments. Je faisais donc des journées de 15 heures et je remplissais toujours plus mon planning. Il n’y avait pas la place au grain de sable, ni à l’arrêt. Ce que j’acceptais de mes employées, je ne me l’accordais pas à moi. Je devais arriver la première, partir la dernière et travailler encore et toujours plus.

Vous savez cette sensation d’engrenage que vous ne pouvez pas arrêter. L’institut devait tourner pour payer toutes les charges et je ne prenais le temps de me poser les bonnes questions, pour réfléchir à ma stratégie d’entreprise. J’étais dans une logique de progression implacable, toujours plus, toujours mieux pour les clientes, pour les employées, mais où étais-je dans l’équation ? Je me le demande aujourd’hui. Enfin si je le sais : nulle part. Mon modèle éducationnel a été : « marche ou crève ». Je marchais donc, pour ne pas crever.

Bref en cette fin d’année 2011, je commence à ressentir des maux d’épaules, de bras. Mon bras gauche qui est mon bras de force commençait à me faire souffrir, à me lancer de plus en plus régulièrement. Au lieu de m’alléger le planning, ma seule pensée a été : « je ne peux pas arrêter ! Avec toutes les charges, je ne peux pas me permettre de risquer une baisse de chiffre d’affaire ! ». Donc qui dit problème dit solution (enfin …). Je commence à prendre des antalgiques, une fois par jour, puis deux, puis trois, puis toutes les 4 heures. Toujours dans cette logique de fuite en avant. Je n’avais pas le temps de réfléchir à cette douleur. Il fallait que je l’oublie car je « devais » travailler. Il était impensable de m’arrêter.

Etant donné que je faisais des massages minceur toute la journée, que ce soit en manuel ou en techniques machines, je forçais dessus, tout le temps. Arrivé à toutes les 4 heures, les médicaments ne faisaient plus d’effets. J’allais donc voir, non pas un médecin, je savais inconsciemment ce qu’il me dirait, mais une amie kiné pour qu’elle me strappe le bras afin de diminuer la douleur. Et hop, me voilà repartie comme en 40. Je travaille dessus. Je me coupe de la douleur grâce au strapping qu’elle me fait tous les matins et je la retrouve le soir au point que je ne dors plus que deux ou trois heures par nuit. Et je continue encore et toujours à ne pas écouter ce que mon corps veut me dire. Je l’étouffe pour continuer cette fuite en avant car pour moi, je ne peux pas faire autrement.

Et voilà que le week-end du 8 mai 2012, je m’accorde trois jours. Erreur … Trois jours car je n’en peux plus et comme il y a un long week-end, nous avons moins de clientes. Je me dis que cela fera du bien à mon bras. Que le lundi, je repartirai comme avant. Mais là j’étais arrivée, et je ne le savais pas encore, au bout de ma résistance physique. Le lundi non seulement je n’ai pas repris mais cela a été le début d’un long arrêt. Le lundi mon bras a refusé de se lever. Je ne pouvais même pas le bouger de 5 centimètres. Mon corps avait pris la mesure de ma bêtise ! Tu ne veux pas m’écouter quand je te fais mal un peu, tu ne m’écoutes pas quand je te fais mal à hurler… et bien je lâche complètement !

Au final, il m’a fallu 8 mois pour m’en remettre partiellement. 8 mois d’arrêt, deux infiltrations, des séances de kinésithérapie, d’ostéopathie, de magnétisme toutes les semaines pour récupérer. Inutile de vous dire que si je n’avais pas eu d’assurance homme-clé, mon entreprise n’aurait pas survécu. Le chiffre d’affaire a été diminué de moitié. Bref une longue descente aux enfers pour une personne active et entreprenante.

Apprendre à s’écouter

Pourquoi je vous raconte cela ? Tout simplement car en voyant mon amie ce week-end, je me suis rappelée comment on peut être têtue, aveugle, comment on peut se persuader que les maux dont nous souffrons ne sont pas graves et qu’ils vont se faire oublier si on n’y prête pas attention. Puis ce n’est qu’un petit problème de santé, alors que des clientes attendent mes soins … Faux, archi faux. Combien de fois, ais-je entendue d’autres amies esthéticiennes, mais aussi de clientes me dire : « ce n’est pas grave, cela va passer ». Bien sûr qu’au début ce n’est pas grave. Mais si nous n’y prêtons pas attention, cela ne va pas passer. Au contraire même, cela va s’aggraver !

Michel Odoul a écrit de nombreux livres sur la maladie (mal- a- dit) et sur le fait que le corps nous parle à travers ses maux. Mais bien souvent, nous faisons taire le corps. Nous ne voulons pas nous poser de questions. Nous ne voulons pas aller voir ce que cela cache. Vous allez me répondre que c’est parce que j’ai trop travaillé que j’ai eu mal. C’est vrai. Mais pourquoi ai-je nié mon propre corps pour mon travail ? Bien souvent cela cache des blessures plus profondes.

Pour Michel Odoul « c’est un message de notre être intérieur ». Il nous permet de découvrir derrière la souffrance une « maladie créatrice » : la maladie s’avère être un indicateur de la nécessité de changement. Dis-moi où tu as mal : Je te dirai pourquoi. Les maux sont le signe qu’à l’intérieur de nous des tensions profondes cherchent à s’exprimer…  Notre corps parle.

Bien souvent, nous voyons ses messages comme des problèmes pour nos habitudes de vie. Mais bien souvent, et j’en ai fait la douloureuse expérience, il nous envoie des signaux pour nous dire que nous faisons fausse route, que nous nous trompons de chemin, qu’il y a une voie qui est meilleure pour nous. Et bien souvent, nous ne voulons pas écouter car nous nous entêtons, car nous ne sommes pas à l’écoute, nous ne voulons pas remettre en question ce que nous avons. Nous ne prenons pas le temps de nous poser les bonnes questions. Nous courons la tête dans le guidon sans vision claire de ce que nous faisons. Nous ne posons pas un temps pour nous et nous ne nous respectons pas.

Avez-vous vu aussi que ce que nous nous imposons, nous ne l’imposons pas aux autres ? Que nous nous forçons à faire les choses alors que nous excusons les autres car nous trouvons que c’est normal pour eux ? Pourquoi est-ce que nous sommes bienveillants avec les autres mais pas avec nous-mêmes ? Bonnes questions, n’est-ce pas ?

Je vous invite à vous poser ces questions. J’ai payé cher mon entêtement, je suis allé au-delà de ma résistance physique. J’en paie encore aujourd’hui le prix tant dans ma vie professionnelle que dans ma vie privée ! Et oui, le corps que nous détruisons à ne pas s’écouter, nous n’en avons qu’un ! Et quand notre bras ne peut plus masser, il ne peut plus serrer notre enfant contre nous non plus … Pensez-y !

J’espère sincèrement que mon partage d’expérience, va vous aider à vous poser, à prendre le recul nécessaire avant que votre corps ne vous CRIE les choses. C’est ce même phénomène aussi qui amène au burn out ou à la dépression. Nous sommes mal dans une situation mais nous n’écoutons pas les signaux pour en sortir …. Jusqu’à ce qu’il soit trop tard.

Cette amie qui m’a inspiré cet article, a remarqué à la fin du WE : « Cela faisait très longtemps que je n’avais pas autant lâché prise, que je n’avais pas pris du temps pour moi. ». Bizarrement, plus elle s’est reposé et s’est changé les idées au cours du WE, plus sa douleur baissait …. Et à partir du moment où elle a repris le contrôle, la douleur est revenue, encore plus forte qu’avant …. Ecoutez votre corps !!!!

Les bonnes actions à mettre en place 

Pour pouvoir éviter de se retrouver dans cette situation, il y a plusieurs choses que tous nous pourrions (ou devrions) mettre en place :

  • Devenir bienveillant avec soi-même
  • Se placer au même niveau que les autres (ce que vous acceptez des autres, acceptez-le aussi de vous-même)
  • Placer dans son emploi du temps 5 à 10% de zone de repos ! Oui, oui, vous avez bien lu, programmez vos pauses (et qu’elles ne sautent pas)
  • Si le mal est déjà installé, posez un temps nécessaire pour écouter ce que son corps a à dire et s’arrêter, même si vous avez l’impression que vous ne pouvez pas. Si votre corps lâche, ce sera peut-être 8 mois d’arrêt comme moi. Donc prendre 3 jours ou une semaine, est-ce si important si cela vous évite un arrêt plus grand ?
  • Trouvez des solutions ensuite qui vous évitent d’aller jusqu’à l’épuisement
  • Et apprendre tout simplement à écouter les signaux d’alerte et prendre le recul nécessaire quand ils arrivent….
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2 commentaires

sannier-drossart · 10 décembre 2018 à 15 h 51 min

Chère Florence,

Cet article illustre bien votre immense générosité. Vous n’hésitez pas à partager votre expérience et vos réflexions personnelles pour illustrer votre propos. C’est admirable, et cela me parait l’être d’autant plus que j’en serais incapable.
A bientôt

    Florence Ansar · 10 décembre 2018 à 17 h 37 min

    Chère Michelle
    Merci encore de ce beau commentaire. Vous avez toujours la manière de me toucher avec vos gentils mots 🙂

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