Quand le risque de perdre nous fait prendre conscience

Comment se rend-on compte du temps qui passe ? Et bien quand sa grand-mère qui, tel un roc qui n’a jamais rien, se met à avoir des ennuis de santé. Pourtant bon pied bon oeil, elle ne se plaint jamais. Elle fait toujours sa vie rythmée comme elle l’a toujours fait. Et pourtant ….. Aujourd’hui, elle est allée voir son médecin. Elle qui aime à dire, qu’elle va prendre de ses nouvelles, puisqu’elle n’en a pas besoin. Et le diagnostic est tombé, hypertension. Elle a frôlé l’infactus. Bon, on ne nous la changera pas. Cela l’a fait rire. On lui dit de se reposer, elle nous répond qu’elle n’a pas le temps….. Incorrigible, toujours, ma grand-mère n’a comme limites que celles qu’elle ne se donne pas ! Bref, elle va être comme un lion en cage le temps que sa tension diminue et qu’elle pourra réduire le peu de médicaments qu’elle prend.

A l’énoncé du diagnostic, et de ce qu’elle a frôlé, je ne peux m’empêcher de prendre conscience qu’elle arrive à 90 ans sans avoir finalement pas eu grand chose. Nous oublions souvent son âge. Et soudain me traverse l’esprit de la perte que nous aurions pu vivre dans ces fêtes. Je me revois petite fille dans les festivités de noël avec tous les bons plats qu’elle nous cuisinait à n’en plus finir. Aujourd’hui elle en fait encore même si ma mère a pris le relais. Et elle me reçoit avec mes enfants, ses arrières petits enfants comme si de rien n’était. Ma grand-mère est le dernier vestige de cette génération dans ma famille. Finalement, quand elle disparaîtra, ce sera toute mon enfance qui en partie disparaîtra aussi. Le cycle de la vie continuera et je monterai dans les générations. 

Instant fugace qui saisit le coeur de perdre un pillier de son passé. Instant repoussé car ce n’était pas encore son heure. Mais qui fait prendre conscience que le temps file à grande vitesse et qu’il est important de profiter de chaque instant. Cela m’a fait penser au film du « Cercle des Poètes disparus », film qui m’avait touché au plus profond. Film vibrant de bout en bout sur ce moment fugace qu’est notre vie, qu’il faut en profiter à chaque instant et faire ce qui nous plait au plus profond de nous-mêmes. Je me souviens de cette scène où Robin Williams leur enseigne Carpediem devant les photos des anciens élèves. Je me souviens de la scène où Neil prépare ses affaires et va ensuite se suicider car son père lui a annoncé qu’il l’envoyait dans une école militaire drastique. De cette scène où son père range ses chaussons sous son lit parallèles qui montrait bien son conservatisme et sa rigueur. Ce film, que j’ai vu vers 14 ans, m’a profondément impacté sur le fait de me poser des questions. Quel sens donner à ma vie? Que souhaite-je faire vraiment ? Qu’est-ce qui me fait vibrer? 

Et pourtant la vie s’écoule, nous distrait de ces questions si importantes et nous oublions à certains moments ces réponses qui nous font garder le cap…. Jusqu’au jour où le risque de perdre quelqu’un de proche nous rappelle à l’urgence de savourer la vie à chaque minute qui passe. Nous rappelle l’importance de rester fixer sur nos objectifs de vie pour ne rien regretter. Nous rappelle que nous ne sommes là que de manière éphémère actuellement sur cette terre.

Alors profitons, respirons, savourons tous les moments précieux que nous créons.